Sept cent trente-deux grammes et un bec.
Il est assez difficile, j'en conviens, de classer le pigeon moyen dans la rubrique "Armes de destruction massive". Pour tout dire, ce volatile a le potentiel terrifiant d'une cuillère en mousse. Si l'on dressait la liste des dangers à redouter en milieu urbain, le pigeon arriverait péniblement en trois mille sept cent quatre-vingt douzième place : j'ai compté.
Et pourtant ... Huit cent quatre-vingt-sept becs. Mille sept cent soixante-quatorze serres. Une quantité faramineuse d'inconscience et de stupidité à l'état pur, plus encore qu'à l'Élysée.
J'ai levé le bras.
C'est beau à voir, huit cent quatre-vingt-sept paires d'ailes qui se déploient. Huit cent quatre-vingt-sept impulsions nerveuses identiques, simultanées. Voler. On ne voit plus le soleil, un nuage de plumes le cache. Les badauds restent interdits, ne comprennent pas. La nuit tombe, et ces crétins restent. Je suis faible : je souris.
Sans prévenir, à l'unission, leur tête pivote vers le même point. Tous. Puis ils attaquent. Pauvre monsieur à la chemise verte, j'ai peur qu'il vienne de prendre sa dernière photographie : on l'entend crier, maintenant. De moins en moins fort, en fait, pas facile de crier avec des plumes dans la bouche.
Amusant, ça : ce pigeon-ci a un bout d'oeil dans le bec. Il n'y a pas à dire, ils prennent leur travail à coeur : je crois qu'on vient d'entamer le foie. Au bruit, je dirais que monsieur était un peu porté sur la bouteille : je lui évite une cirrhose, tiens. Veinard.
Ça commence à devenir franchement peu ragoûtant, par là-bas. Et les gens, autour, qui continuent à regarder, fascinés, les bouts d'entrailles qui pleuvent. Qui entendent la chair qu'on déchiquette, les tissus qu'on déchire. Bientôt, il ne restera qu'un squelette blanchi, recroquevillé, serrant dans ses phalanges bien propres un appareil photo Sony CyberShot DSC-R1, 10 mégapixels.
Des hurlements commencent à se faire entendre, un peu partout. Il est temps de s'éclipser : s'il y a une chose dont j'ai horreur, c'est bien les foules hystériques traumatisées par des oiseaux, et les coiffeurs.
Trois mille sept cent soixante-troisième, finalement.
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Quelques mots ...
Lecteur, avant toute chose, je me dois de t'avertir du contenu de cet encart. Je ne vais pas m'y étendre sur ce que je suis, ou ne suis pas. Non pas pour ne pas t'ennuyer, c'est le cadet de mes soucis pour le moment ; mais pour ne pas trop en dévoiler. Ce blog est le mien, et m'est dédié de long en large : me dépeindre - ou tenter de le faire - en quelques mots serait, plus qu'une erreur, un mauvais calcul. Et je déteste faire de mauvais calculs, ça me frustre. Adoncques, voici plutôt quelques liens fort intéressants, que je t'encourage vivement à suivre, mais pas trop loin non plus, il s'agit de revenir après : Samoth, le site d'un projet de jeu de rôle libre, statique, un suissien bien plus intéressant que moi, et le château de ma mère, où ça cause bouquin par écran interposé. On n'arrête pas le progrès.
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