Quatre livres, s'il vous plaît.
D'un autre côté, ne vous y méprenez pas, je suis parfaitement satisfait de ne pas être un canard. Les canards n'ont pas d'âme.
Ceci étant posé, je peux démarrer ce lent épanchement de mes pensées les plus profondes, personnelles et intimes dans ce billet public, histoire de me sentir exister. C'en serait presque indécent, mais heureusement au moins deux montent.
Donc, donc, donc. Tout d'abord, quelques lectures et commentaires à leur sujet, une idée que j'ai éhontément repompée sur une jeune fille dont l'ombre est en fleurs, ou pas loin.

"Je me concentrais sur le côté technique de ma tâche. (...) Un peu comme un aviateur qui lâche ses bombes sur une ville.
Il dit d'un air fâché :
- Un aviateur n'a jamais anéanti tout un peuple.
- Il le ferait, si c'était possible, et si on lui en donnait l'ordre."
Robert Merle s'essaie, avec cette fiction à caractère autobiographique, à un exercice assez périlleux : nous emmener dans la tête d'un soldat. Celui qui, durant la Seconde Guerre Mondiale, a été chargé de l'organisation technique et administrative d'Auschwitz. Un soldat, un frustré entièrement dévoué à ses chefs, un être qui suit les ordres sans jamais les remettre en question, un père de famille, un homme.
D'un point de vue historique et psychologique, c'est assez bien réussi. En revanche, le côté littéraire pèche un peu, le style n'est pas aussi bon que, pour rester dans le sujet, La Part de l'Autre.
À lire pour voir le monde en gris.

Il serait temps, d'ailleurs, de dire la vérité sur l'affaire Faust. Tout le monde a menti effrontément là-dessus, Goethe plus que les autres, avec le plus de génie, pour camoufler l'affaire et cacher la dure réalité. Là encore, je ne devrais sans doute pas le dire, car s'il y a une chose que je n'aime pas faire, c'est bien enlever leur espoir aux hommes. Mais enfin, la véritable tragédie de Faust, ce n'est pas qu'il ait vendu son âme au diable. La véritable tragédie, c'est qu'il n'y a pas de diable pour vous acheter votre âme. Il n'y a pas preneur. Personne ne viendra vous aider à saisir la dernière balle, quel que soit le prix que vous y mettiez.
Romain Gary déroule sa vie et la commente, avec un incroyable talent. L'enfance et la jeunesse de ce petit garçon que sa mère aimait trop, promis à un destin exceptionnel parce qu'il le faut, le portrait incroyablement touchant de la mère en question, qu'il adore ; le tout avec un humour incroyable, sans jamais se prendre au sérieux, et un sens de l'à-propos admirable. Un chef d'oeuvre - et plus j'en parle, moins je lui rends justice.

Nos bourgeois, non contents que femmes et filles de prolétaires soient à leur disposition, pour ne rien dire de la prostitution officielle, trouvent le plus grand plaisir à séduire réciproquement leurss femmes légitimes. Le mariage bourgeois est en réalité la communauté des femmes mariées.
Bon, là, pas grand chose à dire - et, je sais, je n'ai pas choisi le passage le plus significatif. Certes, ce n'est pas forcément captivant, mais c'est un texte à avoir lu, ne serait-ce que pour ne pas parler de ce qu'on ignore. De plus, c'est bien structuré, clair, et plutôt court, et les gens vous regardent pendant que vous le lisez.

LE GARDE, annonçant
- Le Roi n'est plus au-dessus des lois.
Le Roi se meurt : cette pièce de théâtre l'annonce, le proclame. En quelque cent trente pages, le lecteur voit le Roi mourir, sent le Roi mourir, est le Roi. Il voit ceux qui l'aiment tenter de le soutenir, il voit la déchéance, il voit la peur, il voit le refus, les doutes, l'amour, et la fin. Le style est fluide, léger : les répliques se succèdent comme une musique, quelque chose de doux et triste. Beau, profond, touchant : un livre qui ne peut pas laisser inerte.
J'étais parti pour commenter Le Pigeon, de Süskind, et La jeune fille à la perle de Tracy Chevalier, mais il est tard, Monsieur. En deux mots : le style du dernier est décevant, et parvient à ternir l'éclat de l'intrigue. Quant au pigeon, ce n'est pas un monument, mais c'est plutôt bien écrit, intéressant, et absolument lisible.
Un rapid coup d'oeil, maintenant, m'indique qu'il me reste 12 livres à lire absolument sur mon étagère, plus cinq que je n'ai pas encore achetés ; une dizaine de films qui me font de l'oeil, et cinq albums à écouter. C'est pas une vie, ça !
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Quelques mots ...
Lecteur, avant toute chose, je me dois de t'avertir du contenu de cet encart. Je ne vais pas m'y étendre sur ce que je suis, ou ne suis pas. Non pas pour ne pas t'ennuyer, c'est le cadet de mes soucis pour le moment ; mais pour ne pas trop en dévoiler. Ce blog est le mien, et m'est dédié de long en large : me dépeindre - ou tenter de le faire - en quelques mots serait, plus qu'une erreur, un mauvais calcul. Et je déteste faire de mauvais calculs, ça me frustre. Adoncques, voici plutôt quelques liens fort intéressants, que je t'encourage vivement à suivre, mais pas trop loin non plus, il s'agit de revenir après : Samoth, le site d'un projet de jeu de rôle libre, statique, un suissien bien plus intéressant que moi, et le château de ma mère, où ça cause bouquin par écran interposé. On n'arrête pas le progrès.
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