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Éthano

posté le 26 janvier 2010 à 17:01

Molécule d'éthanolD'après toutes les autorités compétentes, le réchauffement climatique va rendre le monde invivable d'ici quelques décennies. Je dois admettre que je m'en fiche éperdument.

Pourquoi ? Je me nomme Simon, et pour moi le monde est déjà invivable. Je me nomme Simon, mais personne ne m'appelle comme ça : pour tout le monde, je suis Ethan.  Ethan, prononcé à la française ; Ethan, comme éthanol. Une trouvaille de mes amis : j'ai des amis très spirituels, je trouve.

Depuis hier soir, je suis au commissariat, où je partage une cellule vétuste, qui sent vaguement l'urine et beaucoup la sueur, avec un clochard et un junkie. Je présume que c'est un junkie, mais c'est juste une supposition : il se peut que chez lui, ce soit naturel, ces sautes d'humeur. Je n'en sais rien. N'empêche, j'évite de m'approcher, il y a deux heures il s'est mis à insulter le clochard et à lui taper dessus.

Sur les murs, on peut lire que Diane je t'aime, et que la police n'a pas intérêt à tourner le dos à certaines personnes, ou alors elle va avoir du mal à s'asseoir après. Ça n'a pas l'air de la gêner particulièrement, pour l'instant la police boit son troisième café en se balançant sur sa chaise.

Moi, je lis les murs, je m'ennuie. Déjà neuf heures en cellule de dégrisement, et s'ils attendent que je passe à moins de 0,8 grammes par litre, ça peut encore durer longtemps : ça doit faire vingt ans que ça ne m'est pas arrivé. D'ailleurs, j'en ai vingt-cinq.

J'ai peur de ne pas être très clair, de raconter assez mal. Rassurez-vous, je ne suis pas alcoolique, rien de plus ennuyeux qu'un alcoolique, surtout maintenant. Pour ma part, je ne bois jamais.

Tout a commencé quand j'étais petit. Avant même d'entrer à l'école : je ne sais pas quels processus biologiques ont lieu normalement à cet âge-là, quelle fonction bizarre s'active dans les cellules de notre corps ; toujours est-il que chez moi, quelque chose a dû mal tourner. Je me souviens, à six ans, rentrer chez moi en titubant, sous l'oeil effaré de ma mère (je m'en souviens, ou on me l'a raconté : difficile de faire la part des choses, l'histoire a tant et tant circulé, dite, redite et modifiée, que c'est comme si je voyais les images à travers les yeux de mes parents, de mes frères et de mon chien. Un mauvais court-métrage où l'enfant pousse la porte d'une main hésitante, avant de s'affaler sur le mur ; il adresse quelques mots incompréhensibles à sa mère qui accourt, inquiète, et a un haut-le-coeur qui se termine en raz-de-marée verdâtre sur le sol, corn-flakes et petit LU.)

Le médecin n'a rien compris, ils ont tous cru que j'avais fait main basse sur la réserve de whisky de mon père. À six ans ! Je n'arrivais même pas à atteindre les tablettes de chocolat, et on m'a accusé de carburer au Glennfidditch.

Au début, ce genre d'événements restait assez épisodique. Il a fallu attendre mes dix ans, et la communion de ma soeur, pour qu'ait lieu une autre de mes cuites infantiles, et un scandale assez joyeux. Il y a encore des films qui traînent, où l'on peut voir les yeux indignés du curé me suivre, tandis que je vomis dans l'allée et me vautre sur le pagne du Sauveur - avec, en fond sonore, les cris aigus de mes grands-parents, et le rire gras de mon oncle. Puis j'ai douze ans, c'est au collège, et les surveillants me ramènent, hilare et pourpre, à mes parents si respectables. Quatorze ans, premier accident, à mobylette : le début de mes soucis avec l'autorité.

Puis quinze, seize ans : tout s'accélère. J'ai atteint un gramme avant d'avoir des poils sur le torse.

Tout ceci pourrait rester anecdotique, bien entendu, une simple crasse de plus tombée sur un pékin au beau milieu de l'Europe. Juste un léger détail qui me pourrirait la vie et n'empêcherait personne de dormir, moi en cellule et vous sous vos draps. Malheureusement, il se trouve que cette capacité incroyable qu'ont mes cellules à générer spontanément de l'éthanol, sous l'effet du stress ou de facteurs environnementaux assez mal définis, a éveillé de l'intérêt.

C'était il y a quelques mois, durant un vendredi matin plutôt grisâtre qui me voyait émerger assez lentement de mes rêves en priant pour que le café soit prompt et fort. Ma dulcinée d'alors, dont l'absence manifeste à mes côtés m'avait permis de dérober son oreiller et d'espérer la venue prochaine du breuvage, devait probablement errer du côté de la porte, car elle répondit presque instantanément à un coup de sonnette strident et inconvenant, surtout à moins de dix heures du matin. Je l'entendis discuter quelques minutes, sans vraiment saisir la nature de l'échange, avant que l'encadrement de ma porte ne laisse passage à un homme en costume noir, de taille moyenne et sans signe vraiment distinctif à part d'être situé dans l'encadrement de ma porte, : un mélange d'huissier, de responsable de service chez BNP Paribas et de croque-mort reconverti dans les RG. Cette analyse magnifique, cela va sans dire, étant effectuée avec le recul : sur le coup, il ressemblait simplement à un type en noir sans cafetière dans la main.

Il s'est assis sur le rebord de mon lit, sans demander, et me laissant en position d'infériorité manifeste, tout empêtré que j'étais entre mes oreillers, ma couette et mes sous-vêtements à la dérive. Sans se presser, et tandis que Julie (la dulcinée) affichait une mine de plus en plus anxieuse, il a ouvert une mallette de cuir qu'il transbahutait avec lui.

Il lui a fallu beaucoup de temps pour vider son sac. Papiers, papiers, papiers, les papiers s'entassaient, et je commençais sincèrement à en avoir ras-le-bol de voir ce type déballer des documents épais comme mon bras sans piper mot. Une fois qu'il eut fini avec ses liasses sur mon matelas, il a porté son doigt à sa bouche, humecté soigneusement celui-ci, et pris la parole. Vite. Jamais encore je n'avais vu quelqu'un avec un débit pareil : page après page, il me désignait des paragraphes que je n'avais pas le temps de lire, tout en les commentant à une allure folle. J'ai pu saisir au passage des expressions comme "contrôles d'alcoolémie positifs", "perte du permis", "retrait des moyens de paiement", "assigné en justice", et "stage civil obligatoire". Après quoi, il s'est levé, m'a demandé ma carte d'identité, a ouvert le tiroir sans attendre ma réponse, et l'a fourrée dans son attaché-case. Puis il m'a tendu un stylo, et m'a ordonné de signer là, là, là et là, et encore là, là, et ici.

Juste avant de partir, il m'a signifié que je devais être présent au Centre National d'Encadrement des Comportements d'Addiction vendredi matin à 5:00, et a fermé sa mallette. Je n'avais toujours pas eu mon fichu café, et j'en avais vraiment besoin.

La CNECA était un bâtiment imposant, situé loin de tout, quelque part en sous-banlieue. Vu que manifestement, mon permis n'était plus tout à fait en odeur de santé auprès des autorités, j'ai dû y aller en bus : de nuit, ça m'a pris deux bonnes heures. Autant dire que je n'avais pas beaucoup dormi, et que niveau stress, je me défendais pas mal. Essayez de passer deux heures au fin fond de nulle part en compagnie de noctambules et d'épaves, vous verrez ce que je veux dire.

Le gardien qui surveillait la porte (le sas ?) m'a fixé, longuement, quand je me suis présenté à la loge. Pendant trente bonnes secondes, je me suis senti comme un pavé de rumsteck face à un rottweiler : jaugé, soupesé, mémorisé, et désespérément dans la merde.

Mes nerfs ont dû déclencher quelque chose de mystérieux dans les tréfonds de mon organisme, probablement aux alentours de la vessie pour commencer : j'ai soudainement ressenti une envie irrépressible d'aller me soulager aux latrines, suivie assez rapidement d'un inexplicable bien-être un peu partout, surtout au niveau des zygomatiques. J'ai souri d'un air niais et béat, mes jambes ont faibli, et toute cette histoire de convocation, de bâtiment stalinien et de médecins en blouse blanche qui sortent des murs et se précipitent vers moi m'a paru beaucoup plus lointaine, et assez indifférente.

J'ai donc magistralement déboutonné ma braguette et commencé à pisser dans le couloir. Puis sur les médecins, qui entre-temps avaient continué à se précipiter vers moi. Un peu sur le garde, au moment où il m'a fichu un pain. Et pas mal sur mes chaussures et mon pantalon, vers la fin, quand je n'étais plus en état de viser.

Après, entre le sang, l'urine et les murs de plus en plus flous, je ne me rappelle plus grand chose. Il paraît cependant que récemment, le nombre d'accidents de la route a fortement baissé, suite à la mise sur le marché d'un nouveau médicament qui fait disparaître, en quelques secondes, tous les symptômes d'ébriété. Désormais, moyennant quelques dizaines d'euros, une firme internationale de produits pharmaceutiques vous autorise à vous envoyer tous les shots, cocktails et alcools qu'il vous plaît, et à monter tranquillement dans votre véhicule pour rentrer chez vous l'esprit tranquille. Moyennant quelques dizaines d'euros, vos samedis soirs ne causeront plus la mort d'innocents, les routes sont devenues plus sûres, les mères de famille respirent.

Moyennant quelques dizaines d'euros, et avec la bénédiction de l'État, tout le monde est heureux, et un tout petit nombre d'heureux est richissime.
L'État, qui sous-traite la gestion de certains de ses centres de recherche et détention à une firme internationale de produits pharmaceutiques.
Une firme qui n'a eu besoin que de quelques mois pour mettre au point ce médicament révolutionnaire. Quelques mois, une équipe de chirurgiens, une armada de sondes, piqûres et scalpels, quelques salles insonorisées, et un cobaye.

D'un autre côté, qui irait croire un type en cellule de dégrisement ?

tags : alcool, texte

Céphalée (6)

posté le 27 mars 2009 à 14:22

Cinquième partie

Et en plus, elle tourne. Les vibrations du rotor se propageant dans mes veines, puis dans mon corps entier, mes os et mes muscles, qui entrent en résonance ; la mèche entrant en en rotation, si vite qu’elle en devient indistincte … le sentiment si fort, si suave de la vengeance à venir, ce désir frénétique et presque insoutenable de la goûter déjà … c’est sûr, le paradis n’est pas loin. Juste. à. escalader. encore. les. deux. fichus. mètres. restants. Ouch. Enfin, me voilà dans le boyau, armé jusqu’au poignet, prêt à en découdre. L’arène, bientôt, le sang sur le sable et les cris de la foule ; je peux presque les sentir, ces petits salopards, enfin je pourrais presque si mon odorat n’était pas déjà sollicité par ma propre fragrance. Mais qui aurait cru que le vieil homme eut encore tant de sueur dans le corps ? Passons.
Vif et rapide comme l’éclair du cobra, je les ai cueillis par surprise. Mouvements impeccables, précision, tout en fluidité et en souplesse : en une fraction de seconde, j’en avais déjà étendu sept, perforés à mort, et  leur ignominie s’écoulait lentement sur le sol froid et dur. Le reste d’entre eux était totalement désorganisé, estomaqué, je crois, par ma percée initiale. Et pendant qu’ils demeurent pantois, je tourne, virevolte, et troue, implacable et funeste. Je me fends et poinçonne, et les ennemis tombent. Je suis l’ange de la mort, nabots infâmes ! Je suis la nuit sans lune, le fléau sans nom, l’alpha et l’oméga !
Et c’est fâcheux, mais l’oméga commence à fatiguer, et il en reste un bon paquet, des nabots infâmes. Arrière, vermine ! Non, pas trop près. Reculez, engeance ! Fuyez devant mon courroux ! S’il vous plaît. Merde, d’où il sort, Goliath ? Plus loin, canaille ! Non, ça, ça fait mal. J’ai dit, pas ça !

« Font chier, ils recommencent, avec leur boucan pas possible. C’est pas croyable !
- Papa ?
- Ah, c’est bon, ça s’arrête. Pas trop tôt.
- Papa ? L’eau qui coule du robinet, elle est toute rouge. »

tags : fin, migraine, texte

Céphalée (5)

posté le 26 mars 2009 à 14:26

Marrant, ça : j'étais persuadé de l'avoir déjà postée il y a bien longtemps, cette partie-là.

Quatrième partie

L'eau était froide, encore plus qu'avant. Froide et affreusement mouillée, et la violence du courant n'arrangeait rien : je suis tétanisé, mes vêtements me gênent, je gèle et à tout moment j'ai peur de sentir quelque chose agripper ma cheville - agripper, dans le meilleur des cas. Comme si cela ne suffisait pas, je me dirige droit vers des rochers, et je me suis déjà cogné une douzaine de fois, ce qui serait gênant si une hémorragie externe n'était pas le dernier de mes soucis. Car, oui, je risque de mourir asphyxié, et ça, ça me préoccupe : ma dernière inspiration date de maintenant bien trop longtemps, et je ne vois pas la fin de ce tunnel sous-rivièrain. Mes poumons me font mal. Je commence à suffoquer. C'est vraiment trop bête ! Mourir sans avoir vu Venise ... De l'air, sauvé ! Oh, merci, merci, merci mon dieu, merci pour avoir inventé les grottes et l'oxygène, merci pour avoir prévu une contenance moyenne de la cage thoracique suffisante pour que je ne meure pas tout de suite ! Je suis sauvé, je verrai Venise ! Enfin, un jour. Quand je sortirai d'ici. L'avantage principal de cette grotte, c'est qu'elle semble complètement vide : plutôt grande, bien fournie en stalactites, eau courante. Une seule pièce, toutefois, et je ne suis pas totalement affirmatif en ce qui concerne la ligne téléphonique. On dirait qu'il y a une autre entrée, par là, assez haute pour que je puisse m'y faufiler ; et ça, qu'est-ce c'est ? Un tas ? Bizarre, de laisser ça ici ... ça ressemble à ... non, quand même pas ... Un tournevis. Une ponceuse. UNE PERCEUSE. Électroportative ! Hallelujah ! Une perceuse géante, et un blouson de cuir ! Fidèle revolver à court de munitions, dis bonjour à ton remplaçant.

Sixième partie


Céphalée (4)

posté le 12 février 2009 à 16:52

Troisième partie

Je ne sais pas comment j'ai fait, mais j'ai fini par m'endormir. Si l'on se réveille, c'est que l'on a dormi, non ? Et un bon bout de temps, d'après ma montre. Il faut croire qu'ils ont fini par m'oublier - ou alors, je suis vraiment très fort.
D'ailleurs, profitons-en pour déterminer où je suis. À l'odeur, le local à poubelles n'est pas très loin ; mais aux dernières nouvelles, il n'y a pas de terre ni de ... de rivière près du local à poubelles. C'est malin, je suis trempé, maintenant. Ils pourraient mettre des torches, ou je ne sais pas, des néons dans leurs galeries, ces gens-là ! J'en toucherai un mot au syndic. Une rivière, donc. Je suppose que la suivre n'est pas plus bête qu'autre chose, au point où j'en suis - et puis, le trajet me dégourdira les jambes. Et c'est joli les lucioles.
J'avais manifestement tort. Suivre une rivière inconnue, quand on ne sait pas où elle va, c'est bête. Vraiment stupide. D'un autre côté, mes petits amis ont l'air très heureux de voir que je viens de marcher vingt bonnes minutes pour les rejoindre. Autour du feu, ils sourient tous à pleines dents.
Voyons ... C'est probablement le bon moment pour réfléchir, et réfléchir très vite. Derrière moi, il y a le boyau dont je viens, et ou je me trompe fort, ou il y a déjà une bonne dizaine d'entre eux qui le bouche. À gauche, une autre ouverture dans la ... grotte ? Trop éloignée, je n'aurai pas le temps de l'atteindre, et en plus l'odeur qui s'en échappe est vraiment trop atroce. Atroce ? Fétide, plutôt. Oui, fétide est le mot adéquat, atroce est bien trop vague, concentre-toi, bon dieu. Non, il n'y a pas d'issue, cette fois je suis fait comme un rat, un rat complètement encerclé qui plus est, je n'aime pas les rats avec leurs dents et leur petit museau sournois et les miasmes qu'ils propagent. Ils approchent, ils approchent. Pas d'issue, si seulement je savais nager j'essaierais de voir où mène la rivière qui s'enfonce entre les rochers juste là à deux pas mais ils approchent et je commence à paniquer sévère et je sais nager bordel !
Plouf.

Cinquième partie

tags : migraine, texte

Céphalée (3)

posté le 06 février 2009 à 22:30

Deuxième partie

Je les ai regardés bouche bée. Ils m'ont regardé bouche béante. Quelques secondes ont passé. Ils m'ont sauté dessus. Je me suis évanoui, lâchement.
Dès que j'eus repris conscience, j'ai essayé de la perdre à nouveau : j'étais porté à bout de bras par les créatures, encore plus nombreuses qu'auparavant, et nous progressions cahin-caha dans ce qu'il faut bien appeler un tunnel, faute de mot adéquat pour désigner un réseau de souterrains creusé dans les murs du 7e étage d'un immeuble parisien. Je saignais d'un peu partout, comme si une meute de chats m'avait confondu avec une pelote de laine géante parfumée à la souris, et je ne parvenais pas à me départir de l'impression tenace que quelque part, j'avais un peu perdu l'initiative. Qui plus est, je commençais à avoir sérieusement envie d'aller aux toilettes - mais ça, à la limite, je pouvais gérer.
Pendant qu'on me transportait si aimablement, j'ai fait le point sur ma situation, et essayé de déterminer comment m'en tirer avec le minimum de dommages corporels et le maximum de gloire, pour moi bien sûr. Comme je n'aboutissais à rien, j'ai fini par faire ce que font tous ceux qui ont un pistolet dans leur poche : je l'ai pris, et j'ai tiré dans le tas. Et je suis tombé par terre.
Apparemment, j'en avais salement amoché un, et les autres fixaient le corps étendu par terre, qui commençait déjà à embaumer assez violemment. Ensuite ils m'ont fixé. Ils ont à nouveau fixé le corps. Ils paraissaient hésiter entre deux options, et l'une d'entre elles avait l'air de me concerner ; heureusement, c'est l'autre qui l'a emporté - d'un coup, ils ont tous bondi sur la dépouille, et ont entrepris des choses pas très nettes qui impliquaient leurs dents, leurs mains, et leur feu copain. Ce n'était pas spécialement beau à voir ; d'un autre côté, ils semblaient avoir plus ou moins oublié ma présence, alors j'ai profité de l'orgie pour me carapater dans le noir. J'ai couru à droite, à gauche et dans les parois un bon moment, avant de m'effondrer, hors d'haleine et totalement paumé.
Et me voilà, au milieu de nulle part, perdu dans des tunnels peuplés de petites saloperies cannibales, couvert de griffures, et complètement sourd. Je suis fichu, c'est certain.

Quatrième partie.


Céphalée (2)

posté le 04 février 2009 à 17:12

Première partie.

Je suis fichu, c'est certain. Ce n'est qu'une question de temps avant qu'ils ne me trouvent. Merde, merde : comment ça a pu si mal tourner ? J'avais tout prévu : déterminer d'où venait le bruit, sonner à la porte, tirer sur tout ce qui bougeait dans l'appartement, et repartir. Simple, élégant : un plan parfait. Je disposais d'environ cinq minutes, le temps que la migraine se manifeste - cinq minutes que les boules Quiès me fournissaient, en retardant un peu l'échéance. Oui, c'était un plan parfait.
Quand le bruit a démarré, j'étais prêt. J'ai monté les escaliers quatre à quatre, collant l'oreille à chaque porte de palier afin de déterminer d'où il provenait, touchant les murs pour sentir les vibrations : au septième étage, tout était plus intense, plus proche. J'ai progressé dans les couloirs, concentré sur les sifflements de la perceuse ; et je l'ai trouvée. C'était la porte 3C. Elle était là, noire et banale, vibrant un peu : derrière, oui derrière était l'origine du mal. Il fallait en finir : j'ai serré très fort mon revolver, et frappé la porte.
Rien.
Je transpirais à grosses gouttes, et il ne me restait plus beaucoup de temps. J'ai frappé à nouveau ; la porte est restée de marbre. Qu'est-ce que je pouvais faire ? J'ai tiré dans la serrure. Elle n'a pas bronché : c'est beaucoup plus résistant que ce que je pensais, ces machins-là, ou alors j'avais visé à côté. Je me suis senti un peu ridicule, et surtout totalement désemparé - c'est à ce moment précis que quelqu'un a ouvert la porte. Quelqu'un avec une hache. Je crois bien que c'est vers cet instant que les choses ont commencé à ne pas se passer comme prévu.
Un grognement s'est élevé des profondeurs du nouveau venu, un mélange entre le raclement d'une benne à ordure et le grommellement d'un sanglier. Je suppose que c'était une manière de demander ce que je voulais, mais ce n'est qu'une hypothèse, et de toute façon, je n'étais pas en état de penser de manière cohérente. Ah, car accessoirement, il mesurait environ deux mètres dix de haut pour plus d'un mètre de large, avec des bras style séquoia, sans oublier bien entendu la hache. J'ai vaguement balbutié quelque chose, et commencé à reculer ; j'en avais totalement oublié le but de ma venue. Lui, en revanche, quand il a vu le revolver que j'avais toujours à la main, ça ne lui a pas plu : il a mugi à nouveau, de manière un peu moins agréable encore, et il a commencé à se pencher vers moi. C'était terrifiant. Heureusement, ce n'est pas évident de plier deux mètres de muscle et de machins divers ; le temps qu'il y arrive, j'avais repris mes esprits, et vidé mon chargeur sur sa chemise à carreaux.
J'ai sérieusement commencé à douter de mon revolver, là. En théorie, après un coup comme ça, il aurait au moins dû gémir un peu, recroquevillé dans une flaque de sang. C'est ce qui se fait, en général. Eh bien, pas du tout : à part les trous dans la chemise, le seul effet notable, c'est que ça l'a mis en rogne. Et en plus, les boules Quiès commençaient à me lâcher.
Les quelques instants suivants sont un peu flous dans ma mémoire : je crois avoir plongé par terre pour éviter de me retrouver broyé par les séquoias, avant de me redresser et de filer vers l'escalier de secours. Comment j'ai réussi à lui échapper, je n'en sais rien : je suis resté planqué dix bonnes minutes dans la cage d'escalier, terrorisé et entouré des sifflements de perceuses. Je l'entendais, quelques étages plus bas, ouvrir les portes avec des bruits peu encourageants, grogner et descendre pesamment les marches. Tôt ou tard, il allait remonter ; je n'en avais pas du tout envie. Finalement, j'ai décidé de redescendre au septième étage, histoire de récupérer mon pistolet oublié dans la débâcle. Au moins, lui, il avait une présence plutôt rassurante.
La porte de l'appartement 3C était restée ouverte : Goliath avait dû oublier de la fermer avant de partir me faire la peau. De l'intérieur, on ne voyait pas grand chose : une sorte de poussière noirâtre masquait la vue, comme si une locomotive à vapeur avait élu domicile dans l'immeuble. Ce qui est stupide, évidemment : une locomotive à vapeur n'aurait pas pu faire un boucan pareil, ou alors elle avait amené sa famille avec elle. Lentement, avec précaution, je me suis aventuré dans le petit corridor : après coup, bien sûr, je me rends compte que c'était parfaitement stupide, mais comme je l'ai déjà signalé, il est relativement difficile d'avoir les pensées claires quand on vous découpe le crâne à la scie sauteuse. Je n'y voyais pas à plus de trente centimètres, et en étais réduit à me diriger à l'oreille, vers la source de tout ce raffut. Pas trop dur, remarquez - en principe. N'empêche que j'ai dû me perdre, parce que je me souviens distinctement avoir marché au moins dix bonnes minutes avant de parvenir à la fin du couloir, dans une grande pièce un peu moins opaque, où l'on pouvait presque respirer. En passant la main sur ma joue, pour essuyer la suie, je me suis aperçu que du sang coulait de mes oreilles, et que vraiment, ce n'était pas normal. J'aurais bien passé un certain temps à m'apitoyer sur mes tympans, si autre chose n'avait pas soudainement requis tout ce qu'il me restait de concentration : il y avait un énorme trou dans le mur ! Et pas un trou standard, non : un trou comme creusé à la pioche, avec un tas de terre à l'extérieur et des poutres pour en consolider l'entrée. D'ailleurs, le mur d'en face avait subi le même traitement : poutres, cavité béante, cailloux éparpillés un peu partout. Pendant que je restais là, bouché bée, à essayer de déterminer à quel moment j'avais bien pu prendre des petites pilules multicolores, il y a eu un semblant de mouvement à l'entrée du premier trou. Et moins de dix secondes plus tard, il y avait beaucoup de mouvement à l'entrée du premier trou : environ une vingtaine de ... d'êtres, dont le plus grand n'atteignait pas ma hanche, était rassemblée, et me regardait en murmurant. Ils auraient presque eu l'air sympathiques, surtout après le géant psychotique de tout à l'heure, si leur bouche n'avait pas été remplie de petites dents très pointues, et surtout beaucoup trop nombreuses.

Troisième partie.


Céphalée (1)

posté le 03 février 2009 à 11:47

Ce n'est pas la grande forme : mal à la gorge, et mon amie la sinusite revient me dire bonjour. À part ça, et sans rapport, j'essaie d'écrire quelque chose d'un peu plus long que d'habitude, mais j'ai un peu de mal : en général, j'ai quelques mots qui me trottent dans la tête, une phrase, une expression, et je brode autour. Le problème, c'est de broder longtemps.

J'essaierai de poursuivre ce texte, si j'en ai le courage, et si le temps le permet.

 

Ça y est, ça recommence. Il s'est remis à taper. Enfin, je dis "il", mais ça pourrait aussi bien être "elle", ou "eux" ; la seule chose certaine, c'est le bruit. Et la migraine, aussi - dans quelques minutes.
Je ne sais pas exactement d'où ça vient :les murs portent le son, l'amplifient, il semble venir de tous les côtés à la fois : l'étage du dessus ? Mon voisin de palier ? Ou peut-être la vieille dame du cinquième, celle qui a l'air si gentille, avec ses pantoufles et son cabas ? Ah, voilà. Le choeur des perceuses vient de commencer à son tour ; d'ici peu, j'aurai droit au doux chant de la ponceuse, comme chaque fois. J'ignore qui est responsable, mais il est régulier : toujours dans le même ordre, jamais de changement. Concerto pour instruments de torture : ce ne sont pas les murs, mais mes tempes que l'on perce. Crescendo, s'il vous plaît.
Le mal de crâne s'intensifie : il avait commencé vers la deuxième mesure de Black&Decker, discret, presque timide : et peu à peu, porté par les vagues du bruit, il monte en puissance, imposant, sûr de son fait. Impossible de l'ignorer : il commence à cogner derrière mon front, des taches brunes valsent devant mes yeux. Il faut que je trouve ces fichus cachets.
Mais je vous perds, je crois. Tout ça, c'était hier - et hier, j'ai fini prostré sur mon parquet, les mains sur les oreilles, à geindre. Comme d'habitude, comme chaque jour depuis six mois. Oui, six mois que ça dure, cette saloperie. Et aujourd'hui, je n'ai pas envie que ça se reproduise.
Alors j'ai fait de mon mieux : je viens d'aller acheter des boules Quiès - cela ne suffira pas, bien entendu : j'ai déjà essayé bien des fois - et un revolver. Je crois qu'on dit revolver, non ? Ou alors flingue. Enfin, bon, ça n'a pas été facile : il m'a fallu contacter des amis, qui ont fait appel à des relations, qui elles-mêmes ont cherché dans leurs connaissances - tout cela pour aboutir, hier soir vers 23h, dans une ruelle assez dégueulasse, déserte et sombre pour sacrifier aux poncifs du genre, à attendre un mec louche que je ne connaissais ni d'Ève ni de l'autre, et qui avait un défaut de prononciation assez amusant et un visage aussi rassurant qu'un médecin qui vous ramène votre test de dépistage du cancer en vous demandant de vous asseoir. Il a commencé par regarder un peu partout, ce qui se réduisait à trois poubelles et l'entrée d'une cave, avant de me tendre un paquet et de me demander "l'osseille".
La paquet était beaucoup moins lourd que ce à quoi je m'attendais, mais il contenait bien ce qu'il me fallait. Je l'ai testé sur un platane, histoire d'être sûr. Et me voilà donc, aujourd'hui, tapi dans les escaliers de l'immeuble, un peu plus pauvre et beaucoup plus dangereux, à attendre le commencement du vacarme, vaguement protégé par des boules de cire dans mes oreilles. Je guette. Je suis à l'affût. Ça va chier.

Deuxième partie


Réécrivons l'histoire

posté le 03 janvier 2008 à 16:54

Originellement, c'est un devoir d'anglais donné à Sciences PO, censé faire entre 3 et 10 pages ; suite à une mauvaise compréhension, et moultes péripéties, c'est devenu un texte de 12 lignes en français, et je ne suis pas à Sciences PO.
Je déteste que les choses se perdent, en particulier les clés d'antivol et les attestations de recensement, et de ce fait je poste le résultat ici. Attention, c'est mal léché, c'est une réécriture du mythe de Prométhée, et il y a exactement 218 occurrences de la lettre "i".
(219 en comptant celle-ci)
(220 maintenant)
(221)


Avant la naissance des Géants, et bien avant leur mort, la terre n'abritait nul être vivant en son sein, et nul arbre n'ornait sa surface nue. C'était le temps des Dieux, et ils régnaient sans partage, seuls dans cette immensité.
Mais voilà que le temps des êtres mortels vint, et les dieux s'attelèrent à la tâche. De glaise, de feu et d'eau, ils modelèrent poissons, plantes et animaux ; d'air, ils créèrent les ailes des oiseaux. Ensemble, ils façonnèrent les créatures inférieures; ensemble, ils sculptèrent l'Homme. Mais au terme du jour, tous étaient nus et vulnérables. C'est alors que, las et fatigués par leur besogne, les dieux chargèrent un Titan de finir ce qu'ils avaient commencé. À Prométhée échut la lourde tâche de donner à chacun, et de manière égale, ce dont il aurait besoin. Avec l'aide de son frère, Épiméthée, il donna au tigre ses griffes, à l'aigle ses serres ; à celui-ci, une fourrure pour passer l'hiver, à celui-là, des crocs pour déchirer les chairs. L'un eut la force pour se protéger, l'autre la vitesse pour fuir; certains grandirent de telle sorte qu'ils n'auraient rien à craindre, et certains, minuscules, purent se faufiler dans n'importe quel recoin. Et tous étaient satisfaits.
Mais les Dieux, dans leur ouvrage, avaient négligé quelque chose : une pauvre créature, imparfaite et inachevée, qui, laissée pour compte dans un recoin, n'avait pu se rendre à la distribution des qualités. Quand elle ouvrit les yeux, tout était écoulé ; et, démunie, elle ne savait que faire, entourée des véloces, des puissants et des féroces. Quand tous furent partis, et qu'elle se trouva seule, effrayée, Prométhée l'aperçut ; comprenant ce qui s'était passé, il appela les dieux.
Mais ceux-ci, célébrant leur journée, n'avaient cure de la pauvre créature ; bien plus, elle gâtait le chef-d'oeuvre, défaut dans le diamant. Ensemble, ils s'accordèrent alors à lui céder ce qui leur restait, ce dont personne n'avait voulu ; et l'Homme se vit offrir le doute.

Un seul, parmi toute la création, eut pitié de l'homme ; et Prométhée, cherchant ce qu'il pouvait faire, aperçut les lumières qui brûlaient sur l'Olympe. Sans mot dire, sans un bruit, il gravit les marches qui menaient au palais des dieux ; et là, il se saisit du feu, le feu des dieux, et il en fit don à l'homme.
Et la pauvre créature, alors, ne connut plus la peur ; elle était forte, et fière, et le lion la fuyait, elle qui brûlait et blessait les yeux. Et l'Homme était le roi ; et l'homme défia les dieux.
Lorsqu'ils virent le Feu aux mains de l'Homme, ceux-ci comprirent ce qui avait eu lieu, et eux qui ne craignaient rien, ils conçurent de l'effroi. Ils mandèrent Prométhée, et lui reprochèrent son acte ; et ils le condamnèrent, lui qui n'avait voulu que la justice. Libre, il fut enchaîné à un rocher ; immortel, il fut condamné à la souffrance. Tous les jours, à la même heure, son supplice avait lieu. Tous les jours, à la même heure, son foie lui était arraché, avant de se reformer, lentement, pour le lendemain.
Tous les jours, à la même heure, l'Homme venait lui arracher le foie.


3

posté le 11 décembre 2007 à 19:29
01/02/03

Il l'avait revue le lendemain soir, étonnamment. Alors qu'il flânait aux alentours de la place de la Bastille, sans but précis, sans trop penser ; laissant machinalement ses chassures le guider. Qu'il suivait ses pieds.
Soudain, ses chaussures s'étaient arrêtées ; elle était là. En face, tout près, à la devanture d'une petite librairie qui avait plus ou moins conquis le trottoir à force d'y déborder, elle feuilletait un livre, profondément absorbée. Bien qu'elle fût camouflée, l'hiver aidant, sous plusieurs couches de vêtements, il la reconnut aussitôt : son profil l'avait trahie, imprimé qu'il était au plus profond de sa rétine. Quel tableau ! Elle, trahie par sa beauté - lui, doutant de sa raison. Car ces choses-là n'arrivent que dans les films ou les mauvais romans, il le savait, son coeur le lui soufflait : dans la vraie vie, le hasard ne mange pas de ce pain-là. Aussi, interdit, ne savait-il pas quoi faire : l'aborder, lui parler, il le fallait ; mais comment ?
Le temps passait, elle pouvait partir à tout moment. Il ne voulait pas risquer de la perdre à nouveau, lui qui avait du mal à croire qu'elle était là ; il traversa la rue. Ce devait être son jour de chance : les conducteurs réussirent à l'éviter, et il parvint jusqu'à elle.
Ce qu'il lui dit précisément n'a guère d'importance, et serait, retranscrit, dénué de sens. Il balbutia un peu, sourit beaucoup, prononça quelques phrases et en dit beaucoup d'autres ; elle, d'abord étonnée, se prit au jeu de l'inconnu. Elle avait une voix charmante, un peu grave : ils parlèrent longtemps dans le froid.
Trois semaines plus tard, car les ellipses temporelles ont ceci de bon qu'elles laissent l'inexprimable pur puisqu'inexprimé, il se réveilla à ses côtés. Délicatement, veillant à ne pas troubler son sommeil, il se leva, la regardant toujours, et enfila des habits en silence ; puis il s'assit à la table non loin et, noircissant avec soin feuillet après feuillet, il mit la touche finale à ce qu'il écrivait. Il écrivait sur elle.

Quelques heures plus tard, il finirait étendu sur l'asphalte, sans vie. Déchirée, inconsolable, elle finira par l'oublier, petit à petit, et se mariera quelques années plus tard. Il ne lui ressemblera pas.

2

posté le 29 novembre 2007 à 18:23
01/02/03

Huitième feuillet.

"La rencontre ? C'était au théâtre, un soir de première. J'étais parvenu à obtenir un billet, comme par miracle, et je me retrouvai bientôt assis au milieu des dorures et du velours omniprésents, un peu perdu parmi tous ces gens très distingués venus se réjouir d'un Faust pas très malin. Ce n'était pas un spectacle très courant pour moi, je vous prie de le croire ; aussi, je passai plus de temps à observer la faune dans les gradins que les comédiens en dessous.
Pour la plupart, ils étaient assez laids, j'en ai peur : déplacés dans ce faste, incongrus dans leurs beaux habits, c'était un beau panel de disgracieux nantis ; un balcon débordant de crapeaux en frac qui s'esbaudissent en choeur. Avec le recul, je peux bien l'avouer, ils me fascinaient, ces monstres. On eût dit un bestiaire obscène, où des animaux improbables paradaient sans bouger, affichant un air fat et la panse bien remplie.
C'était un peu après l'entracte, alors que, sur scène, le bon docteur courait à sa perte, que je l'ai aperçue. Je crois bien que la pièce, plus bas, n'était guère captivante, puisqu'elle baillait. Elle avait capté mon regard alors qu'il survolait la corbeille, et déjà je ne pouvais plus l'en détacher; Gretchen peut bien aller au diable, et le monde entier la suivre ; jamais, je crois, je n'ai rencontré quelqu'un à l'ennui si gracieux. Je ne pense pas être en mesure de lui rendre justice avec de simples mots, aussi n'essaierai-je pas de la décrire ; mais elle n'était pas belle, puisque "belle" est un mot. Je la regardai en silence, absorbé, jusqu'à ce que les hurrahs tout autour me signalent la fin ; le lobe de ses oreilles, ses boucles entremêlées, le contour de son nez, je les ai encore à l'esprit maintenant, alors que j'écris. Et pourtant, lorsque les lumières revinrent, je me sentis spolié : j'avais encore soif de son visage, de ses yeux, de sa bouche ; je n'avais pas bu tout mon soûl encore à son image.
Elle se leva, puis, comme si ce n'était après tout qu'un geste anodin, banal, elle sortit de sa loge. Quoi ! Elle me privait de sa vue, elle m'arrachait à sa contemplation, et cela ne la touchait en rien ? Comment pouvait-elle être si insensible, si indifférente à ce qu'elle m'infligeait ? Pour elle, j'avais oublié les acteurs, oublié les tentures et le faste ; on ne sevre pas un homme de la sorte ! Et pourtant, elle s'était levée, et déjà elle n'était plus là.
Un homme se rue vers la sortie, bouscule quelques êtres-redingotes qui tentent de protester, outrés ; un homme franchit la porte, quitte la chaude lumière et se précipite, éperdu, dans l'ombre de la rue. Mais il faut croire que les anges marchent vite, car cet homme ne la voit nulle part; cet homme est seul, et il a froid. Et j'ai froid."

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Quelques mots ...

Lecteur, avant toute chose, je me dois de t'avertir du contenu de cet encart. Je ne vais pas m'y étendre sur ce que je suis, ou ne suis pas. Non pas pour ne pas t'ennuyer, c'est le cadet de mes soucis pour le moment ; mais pour ne pas trop en dévoiler. Ce blog est le mien, et m'est dédié de long en large : me dépeindre - ou tenter de le faire - en quelques mots serait, plus qu'une erreur, un mauvais calcul. Et je déteste faire de mauvais calculs, ça me frustre. Adoncques, voici plutôt quelques liens fort intéressants, que je t'encourage vivement à suivre, mais pas trop loin non plus, il s'agit de revenir après : Samoth, le site d'un projet de jeu de rôle libre, statique, un suissien bien plus intéressant que moi, et le château de ma mère, où ça cause bouquin par écran interposé. On n'arrête pas le progrès.