Comment contrôler certains insectes du potager

posté le 05 May 2007 à 21:45
Je suis tombé sur cet article en recherchant des moyens pacifiques pour cultiver.
Je tenais donc faire partager ces infos sympa. Hélas, il y est aussi décrit des méthodes où l'on tue, ce que je ne cautionne pas.


Je rappelle aussi qu'il y a un documentaire très intéressant qui était passé sur France5 (ou Arte, je ne me souviens pas) à ce sujet. Ca s'appelle "Guerre Et Paix Dans Le Potager" et ça se trouve sur la mule.



L'article, donc :



"Comment contrôler certains insectes du potager" Par Yves Gagnon, auteur, enseignant et jardinier.

(Ce texte a été publié dans L'insecte au fil, vol.5, no 3, 1997.)


Moins de 1 % de tous les insectes peuvent être nuisibles. Il est donc plus probable que les insectes qu'on rencontre dans son potager soient utiles. Le jardinier avisé ne vaporisera donc pas d'insecticides sur ses cultures sans raison valable.

Il ne faut pas oublier que les insecticides, même biologiques, demeurent des poisons. Leur utilisation contribue à maintenir le concept de l'insecte ennemi. La présence d'organismes considérés comme une nuisance devrait servir de guide au jardinier pour qu'il découvre les véritables problèmes qui se présentent dans son milieu. Éliminer systématiquement les insectes indésirables dès leur apparition, sans chercher à connaître les causes de leur présence, constitue une erreur fondamentale.

Les infestations de ravageurs ont toujours comme cause un déséquilibre du milieu ou des interventions inappropriées. Ainsi, le bon jardinier profitera d'une infestation d'insectes pour améliorer sa régie et corriger les problèmes de son environnement.


Les mesures préventives

La plupart des techniques de base du jardinage écologique constituent des mesures préventives contre les infestations d'insectes ravageurs. Voici en quoi consistent les principales mesures.

La fertilisation

Les engrais chimiques sont, en agriculture industrielle, partiellement responsables des dommages causés aux cultures par les insectes nuisibles. L'utilisation d'engrais solubles donne des plantes déséquilibrées chimiquement, beaucoup plus attirantes pour les ravageurs. On a déjà prouvé le lien entre l'accroissement de la reproduction des pucerons et un taux d'azote soluble (engrais chimique) élevé dans la plante.


L'emploi régulier de compost, combiné à l'utilisation rationnelle d'engrais non solubles, donne des plantes équilibrées chimiquement, beaucoup moins sensibles au parasitisme. A. Howard, un des pionniers de la culture écologique, a été l'un des premiers à constater que « les plantes fertilisées avec du compost sont beaucoup moins parasitées que celles qui sont fertilisées avec des engrais chimiques ».

La rotation des cultures

En faisant se succéder sur une surface donnée des plantes de familles différentes, on brise le cycle de vie de certains ravageurs. De plus, la rotation des cultures aide à prévenir les déséquilibres minéraux du sol, cause importante de l'emprise des ravageurs.

La diversité du milieu

Par l'implantation dans son milieu d'arbres et d'arbustes fruitiers, de feuillus et de conifères, de fleurs et de fines herbes ainsi que d'une grande variété de plantes maraîchères, le jardinier brouille le système de guidage des insectes nuisibles et il attire des prédateurs de ravageurs potentiels.

Les guêpes parasitoïdes se nourrissent du nectar de fleurs de plantes très spécifiques comme les ombellifères (carotte, panais, persil, coriandre, aneth, etc.), les topinambours, le sarrasin et les divers chrysanthèmes. Une étude allemande a démontré qu'une seule ombellifère pouvait attirer 168 espèces d'insectes dont la plupart étaient des guêpes parasitoïdes d'insectes.

Les oiseaux jouent également un rôle important dans le contrôle des ravageurs : 98 espèces d'oiseaux consomment le ver gris, 145 les cicadelles et 205 le taupin. La plantation d'arbres, d'arbustes et de haies attire dans le milieu un grand nombre d'espèces d'oiseaux qui se chargent en partie du contrôle des ravageurs.

Également, en appliquant les règles du compagnonnage, on arrive à prévenir très efficacement plusieurs infestations. La coriandre et l'oignon, par exemple, réduisent la présence de la mouche de la carotte, alors que la sauge et le thym éloignent la piéride du chou. Le brocoli, quant à lui, diminue la présence de la chrysomèle sur les plants de concombre, et le lin amenuise les infestations du doryphore sur la pomme de terre.

Le taux d'humidité du sol

Les carences d'eau, tout autant que les excès ouvrent la voie à certains ravageurs. Les sols possédant des taux élevés de matière organique sont moins sensibles à la sécheresse qui favorise la présence de l'altise.

Les excès d'humidité, en plus d'ouvrir la voie au développement de maladies, favorisent la multiplication de certains ravageurs comme les limaces. Dans les milieux naturellement humides, la structure du sol revêt une importance capitale pour favoriser le drainage rapide des excédents d'eau. La culture en planches améliore aussi grandement la teneur d'eau dans le sol.

L'adoption d'un calendrier approprié

Afin de contrôler la présence des ravageurs, il importe avant tout de bien connaître les insectes qui causent des ravages aux cultures. En étudiant leur cycle de vie, le jardinier prévenant peut tout simplement modifier son calendrier de cultures et ainsi éviter les infestations; de cette façon, en retardant jusqu'en juin la transplantation ou le semis des crucifères, il évite les dommages causés par la mouche du chou qui pond, dans les Laurentides, du début de mai au début de juin. C'est simple et très efficace! On peut également, par la planification adéquate de son calendrier, réduire sensiblement les dommages causés par le ver gris, la mouche de la carotte et la mouche de l'oignon.

Cependant, malgré toutes ces mesures préventives, à cause du déséquilibre généralisé de notre environnement, certains ravageurs se manifestent quand même. On doit alors les contrôler ponctuellement. Le jardinier choisira les modes de contrôle les plus doux avant un recours à des interventions plus radicales.


Les modes de contrôle

Lorsqu'il intervient dans son environnement, le jardinier doit évaluer les conséquences de ses gestes sur tous les êtres vivants de son milieu. Par exemple, l'utilisation de roténone, un insecticide végétal non sélectif, éliminera tous les insectes sur lesquels il aura été vaporisé. Avant d'y avoir recours, peut-être vaudrait-il mieux envisager une autre intervention. Il existe de nombreux modes de contrôle qui n'exercent aucun impact négatif sur le milieu. Voici donc les différents moyens dont on dispose en culture écologique pour contrôler les ravageurs; ils sont classés selon leur impact sur le milieu, les moins dommageables figurant en premier lieu.

La cueillette manuelle

La cueillette manuelle est efficace pour contrôler bon nombre d'insectes nuisibles. Si, par exemple, le jardinier arrive à cueillir les doryphores adultes avant qu'ils ne pondent, les dommages causés par les larves seront évités. Les vers gris peuvent être ramassés le soir sous l'éclairage d'une lampe de poche. On peut aussi récolter facilement certaines chenilles (sphinx de la tomate et papillon du céleri).

Les barrières physiques

Elles empêchent l'insecte d'atteindre sa plante hôte. Un agrotextile ou un simple tissu plein jour blanc peuvent être utilisés pour recouvrir des cultures durant la période de l'année où elles sont vulnérables. Très fins, ils laissent passer l'eau et la lumière, mais pas les ravageurs; et comme ces tissus sont très légers, les jeunes plants en croissance les soulèvent au fur et à mesure qu'ils poussent. Cette technique permet entre autres de contrôler efficacement la mouche du chou, la mouche de la carotte, la mouche de l'oignon et la chrysomèle rayée du concombre.

Des boîtes de conserve ou des contenants de plastique dont on a retiré le fond peuvent servir à protéger les jeunes plants des vers gris; enfoncez-les à 2 cm dans le sol.

À la transplantation, si on enroule les tiges et les racines des jeunes plants de chou dans un papier ciré, on empêche les larves de la mouche du chou d'investir les racines.

Les répulsifs

Différentes plantes, vivantes ou coupées, ainsi que divers purins ou décoctions de plantes sont très efficaces comme répulsifs. De la menthe fraîche grossièrement hachée et placée sur les choux en éloigne la piéride. Les copeaux de cèdre placés entre les rangs de pommes de terre réduisent la présence de doryphores. L'absinthe et la tanaisie ont des propriétés insectifuges utilisées fraîches, en purin ou en décoction.

Les pièges et les appâts

Une boîte de conserve enfouie dans le sol et dans laquelle on verse un appât permet de piéger certains ravageurs. Avec de la bière, on capture des limaces et avec de la vieille huile à friture ou une huile de poisson, on piège des perce-oreilles.

Des plaquettes jaunes enduites de « tangle-trap » (sorte de colle) permettent de capturer certains ravageurs du potager; la chrysomèle rayée du concombre, par exemple, vient facilement s'engluer dans ce piège.

Des rouleaux de papier journal humides et chiffonnés, placés le soir dans le jardin, piègent des perce-oreilles. Comme appât, on peut y mettre du beurre d'arachide. Le lendemain matin, les journaux n'auront qu'à être brûlés. On peut recommencer ce truc chaque jour jusqu'à ce que les populations soient contrôlées. Les pièges lumineux permettent d'éliminer de nombreux papillons de nuit, parents de quelques larves nuisibles dont le ver gris et la pyrale du maïs (lampes ultra-violettes ou ampoule de 100 watts). Ces pièges se trouvent dans le commerce. Une ampoule protégée des intempéries et suspendue au-dessus d'un bassin d'eau savonneuse constitue un piège maison efficace et très bon marché. On utilisera cependant ces types de pièges seulement durant le cycle de ponte de l'insecte visé, car ils ne sont pas sélectifs et capturent de nombreux insectes nocturnes non nuisibles.

Les insecticides maison

Avant de recourir aux insecticides commerciaux, le jardinier peut fabriquer lui-même plusieurs insecticides très efficaces et plus respectueux de l'environnement.
Insecticide à l'ail

Faites macérer 20 g d'ail haché dans 20 ml d'huile végétale pendant 24 heures. Ajoutez à l'huile 1 litre d'eau et 10 ml de savon biodégradable; mélangez et tamisez ce liquide qui constitue le concentré. Pour les vaporisations, le diluer dans 4 volumes d'eau. Afin d'augmenter le pouvoir insecticide de cette préparation, on fait bouillir 5 piments forts dans 2 litres d'eau qu'on laisse réduire de moitié. Le litre obtenu sera utilisé avec l'ail et le savon pour préparer le concentré.

Le lessis

Le lessis est une macération de cendre pour contrôler les larves de la mouche du chou, de la mouche de la carotte et de la mouche de l'oignon. Placez 1 kg de cendres dans un seau d'eau, brassez et laissez macérer toute la nuit. Le lendemain, la cendre se sera déposée au fond. Les arrosages préventifs sont plus efficaces que ceux qui visent à enrayer une infestation.

Les purins et décoctions insecticides

Les fleurs de la tanaisie et de l'absinthe ou les feuilles de tabac, de nicotine, de rhubarbe ou de raifort peuvent servir à la fabrication de purins et de décoctions insecticides efficaces contre un bon nombre d'insectes. Remplissez à moitié un chaudron de feuilles (rhubarbe, tabac ou nicotine) ou de fleurs (tanaisie ou absinthe), puis le remplir d'eau. Faites bouillir 30 minutes et laissez macérer quelques heures. Filtrez et vaporisez sur les plants. Ces préparations peuvent être utilisées comme produit insecticide ou insectifuge.

Les insecticides biologiques commerciaux

Utilisés rationnellement et en dernier recours, les insecticides biologiques commerciaux ont leur place dans la régie du potager. Le jardinier avisé emploiera de préférence les plus sélectifs et les moins rémanents (durée de vie courte) afin de minimiser leur impact sur le milieu.

Voici les principaux insecticides commerciaux qu'on retrouve sur le marché, en commençant par les moins nocifs.

Le savon insecticide

Le savon insecticide est composé de sels de potassium et d'acides gras. Il tue les insectes en affectant leur système nerveux. Il est particulièrement efficace contre les pucerons, les mites et les perce-oreilles. C'est un insecticide de contact; il doit donc être vaporisé directement sur l'insecte nuisible.

Le Bacillus thuringiensis ou Bt

Le Bt est un insecticide bactérien très sélectif. Il permet de contrôler très efficacement toutes les chenilles. La bactérie tue en affectant le système digestif. Le Bt est utilisé aux 2 semaines sur les choux de la mi-juin à la fin de septembre ou au besoin. Une souche différente de Bt permet de contrôler efficacement la larve du doryphore de la pomme de terre.

La terre de diatomées

La terre de diatomées est un résidu fossilisé de silice provenant d'organismes unicellulaires, les diatomées, qui vivent à la surface des océans. Les cristaux de silice ont des angles très vifs qui perforent la membrane protectrice des insectes qui s'y frottent. Ceux-ci perdent alors leur liquide corporel et meurent. Si le produit est ingéré, il perfore le système digestif de l'insecte. La terre de diatomées n'est pas un poison car elle agit mécaniquement.

Cependant, ce produit est non sélectif et il affecte également une foule d'insectes utiles ainsi que le ver de terre. On l'utilisera donc en dernier recours pour les limaces et les perce-oreilles dans les cas d'infestations sévères. La terre de diatomées n'est pas dommageable pour les animaux à sang chaud.

Les insecticides à base de pyrèthre et de roténone

La roténone et le pyrèthre proviennent de certains végétaux. Ils agissent sur le système nerveux des insectes. Ce sont des insecticides de contact et stomacaux. Bien qu'ils ne soient pas nocifs pour les animaux à sang chaud, ils affectent les animaux à sang froid (crapaud, grenouille, couleuvre); il faudra donc être prudent au moment de leur application. Comme ces insecticides sont peu sélectifs, on les utilisera uniquement en dernier recours.

Page : 1 2 … 49 50 51 52 53 54 55 56 57 58 … 87 88