Attentat, de Nothomb

posté le 02 March 2010 à 13:18

CouvertureLe premier livre de Nothomb que j'ai lu, je m'en souviens, c'était L'Hygiène de l'Assassin. J'avais douze ans, et ça m'avait plu : une histoire originale, vaguement choquante, enrobée dans un style direct et incisif.

Depuis, Péplum, La métaphysique des tubes sont passés par là, lus au fil des ans, ainsi qu'un autre, Stupeur et Tremblements. Le constat est clair, malheureusement : le lecteur grandit, Amélie, non. Elle n'a pas changé, son style non plus*, et si c'est dans les vieux pots qu'on fait les meilleures soupes, la soupe ça lasse. Je préfère un pavé de saumon.

Attentat, donc, raconte les turpitudes d'un monsieur vraiment très moche, Épiphane, le narrateur, amoureux d'une jeune femme vraiment très belle, Éthel. La ressemblance avec Notre-Dame-de-Paris est totalement assumée, du côté de Nothomb en tout cas - comme Victor est mort, on ne lui a pas demandé son avis. Le hic, c'est que même si, à en croire Wikipedia (dans un article sans nul doute écrit par l'éditeur), nous avons affaire à "un prétexte pour disserter sur l’idée de norme""les références littéraires, philosophiques et artistiques abondent", la triste réalité est tout autre. Il s'agit simplement d'un livre lourd, pompeux, sur un thème tout sauf nouveau, et qui n'innove d'aucune manière dans la façon de le traiter. Les références promises sont tout au plus de brèves mentions ou périphrases non développées, assenées d'un ton péremptoire ; et le style est agressivement maniéré, aussi naturel qu'une banane en uranium. Les longs discours dans lesquels Épiphane se lance évoquent la philosophie de bas-niveau, mâtinée de lieux communs et agrémentée de mots un peu compliqués pour faire joli.

Admirons quand même la performance : traité différemment, le roman aurait pu être bon, et Nothomb a encore une fois réussi à caser un voyage au Japon dans un de ses livres, on ne sait pas trop comment.

* D'accord, je suis un peu de mauvaise foi, aucun de ces livres n'a moins de dix ans.


Londres !

posté le 15 February 2010 à 21:46

! serdonL

Savais pas que j'aimais la Guinness, les rues de Londres et les pubs. Je le savais pas, mais j'ai déjà envie d'y retourner.

 

tags : londres, week-end

Gainsbourg (Vie héroïque)

posté le 30 January 2010 à 12:52

(Originellement écrit pour Le PI)

Affiche du filmJoann Sfar, je pensais qu'il ne faisait que des bandes dessinées, le Chat du Rabbin et autres Donjons. Et Serge Gainsbourg, c'est quand même un sacré morceau, on ne parle pas de n'importe qui, là. 

Alors Sfar qui réalise un film sur Gainsbourg, à part une magnifique affiche, je n'avais pas la moindre idée de ce que ça allait donner. Gainsbourg (vie héroïque), UGC Ciné-Cité Les Halles : plus de places, assis sur les marches du couloir de cinéma, ça commence (ça avait même commencé sans moi, à vrai dire).
D'emblée, c'est atypique et ça s'assume : le petit Lucien Ginsburg, ses amis imaginaires, sa croix juive et le modèle nu aux Beaux-Arts. Le jeune écolier réfugié au fin fond de la campagne, qui dessine des femmes nues sur les cahiers de ses camarades. Lucien, un peu moins jeune, et ses premières amours.Toujours, tout au long du film, le personnage, féérique et inquiétant de Gainsbarre avant l'heure qui le suit partout, double/mauvais génie effrayant mais élégant.
Insensiblement, on voit Ginsburg devenir Gainsbourg, et Gainsbourg s'abimer et s'abîmer. De femme en femme, de cigarette en cigarette, sa peau qui se plisse, ses joues qui se creusent. On a mal pour lui, lui le petit enfant du début, lui l'homme qui se trouve laid et qui peint pour que ça sorte. On a mal pour lui et on est fasciné, fasciné par le génie, fasciné par la vie et les choix, par l'esprit et les mots de Gainsbourg.
Accessoirement, les femmes défilent, les chansons aussi, seul le mauvais génie élégant reste et Gainsbourg y succombe. Gréco, Bardot, Gall, Birkin et les clopes, l'éternelle clope au bec et du talent à revendre. Un portrait magnifique d'un Gainsbourg qui devient laid.

Excellent.


Éthano

posté le 26 January 2010 à 17:01

Molécule d'éthanolD'après toutes les autorités compétentes, le réchauffement climatique va rendre le monde invivable d'ici quelques décennies. Je dois admettre que je m'en fiche éperdument.

Pourquoi ? Je me nomme Simon, et pour moi le monde est déjà invivable. Je me nomme Simon, mais personne ne m'appelle comme ça : pour tout le monde, je suis Ethan.  Ethan, prononcé à la française ; Ethan, comme éthanol. Une trouvaille de mes amis : j'ai des amis très spirituels, je trouve.

Depuis hier soir, je suis au commissariat, où je partage une cellule vétuste, qui sent vaguement l'urine et beaucoup la sueur, avec un clochard et un junkie. Je présume que c'est un junkie, mais c'est juste une supposition : il se peut que chez lui, ce soit naturel, ces sautes d'humeur. Je n'en sais rien. N'empêche, j'évite de m'approcher, il y a deux heures il s'est mis à insulter le clochard et à lui taper dessus.

Sur les murs, on peut lire que Diane je t'aime, et que la police n'a pas intérêt à tourner le dos à certaines personnes, ou alors elle va avoir du mal à s'asseoir après. Ça n'a pas l'air de la gêner particulièrement, pour l'instant la police boit son troisième café en se balançant sur sa chaise.

Moi, je lis les murs, je m'ennuie. Déjà neuf heures en cellule de dégrisement, et s'ils attendent que je passe à moins de 0,8 grammes par litre, ça peut encore durer longtemps : ça doit faire vingt ans que ça ne m'est pas arrivé. D'ailleurs, j'en ai vingt-cinq.

J'ai peur de ne pas être très clair, de raconter assez mal. Rassurez-vous, je ne suis pas alcoolique, rien de plus ennuyeux qu'un alcoolique, surtout maintenant. Pour ma part, je ne bois jamais.

Tout a commencé quand j'étais petit. Avant même d'entrer à l'école : je ne sais pas quels processus biologiques ont lieu normalement à cet âge-là, quelle fonction bizarre s'active dans les cellules de notre corps ; toujours est-il que chez moi, quelque chose a dû mal tourner. Je me souviens, à six ans, rentrer chez moi en titubant, sous l'oeil effaré de ma mère (je m'en souviens, ou on me l'a raconté : difficile de faire la part des choses, l'histoire a tant et tant circulé, dite, redite et modifiée, que c'est comme si je voyais les images à travers les yeux de mes parents, de mes frères et de mon chien. Un mauvais court-métrage où l'enfant pousse la porte d'une main hésitante, avant de s'affaler sur le mur ; il adresse quelques mots incompréhensibles à sa mère qui accourt, inquiète, et a un haut-le-coeur qui se termine en raz-de-marée verdâtre sur le sol, corn-flakes et petit LU.)

Le médecin n'a rien compris, ils ont tous cru que j'avais fait main basse sur la réserve de whisky de mon père. À six ans ! Je n'arrivais même pas à atteindre les tablettes de chocolat, et on m'a accusé de carburer au Glennfidditch.

Au début, ce genre d'événements restait assez épisodique. Il a fallu attendre mes dix ans, et la communion de ma soeur, pour qu'ait lieu une autre de mes cuites infantiles, et un scandale assez joyeux. Il y a encore des films qui traînent, où l'on peut voir les yeux indignés du curé me suivre, tandis que je vomis dans l'allée et me vautre sur le pagne du Sauveur - avec, en fond sonore, les cris aigus de mes grands-parents, et le rire gras de mon oncle. Puis j'ai douze ans, c'est au collège, et les surveillants me ramènent, hilare et pourpre, à mes parents si respectables. Quatorze ans, premier accident, à mobylette : le début de mes soucis avec l'autorité.

Puis quinze, seize ans : tout s'accélère. J'ai atteint un gramme avant d'avoir des poils sur le torse.

Tout ceci pourrait rester anecdotique, bien entendu, une simple crasse de plus tombée sur un pékin au beau milieu de l'Europe. Juste un léger détail qui me pourrirait la vie et n'empêcherait personne de dormir, moi en cellule et vous sous vos draps. Malheureusement, il se trouve que cette capacité incroyable qu'ont mes cellules à générer spontanément de l'éthanol, sous l'effet du stress ou de facteurs environnementaux assez mal définis, a éveillé de l'intérêt.

C'était il y a quelques mois, durant un vendredi matin plutôt grisâtre qui me voyait émerger assez lentement de mes rêves en priant pour que le café soit prompt et fort. Ma dulcinée d'alors, dont l'absence manifeste à mes côtés m'avait permis de dérober son oreiller et d'espérer la venue prochaine du breuvage, devait probablement errer du côté de la porte, car elle répondit presque instantanément à un coup de sonnette strident et inconvenant, surtout à moins de dix heures du matin. Je l'entendis discuter quelques minutes, sans vraiment saisir la nature de l'échange, avant que l'encadrement de ma porte ne laisse passage à un homme en costume noir, de taille moyenne et sans signe vraiment distinctif à part d'être situé dans l'encadrement de ma porte, : un mélange d'huissier, de responsable de service chez BNP Paribas et de croque-mort reconverti dans les RG. Cette analyse magnifique, cela va sans dire, étant effectuée avec le recul : sur le coup, il ressemblait simplement à un type en noir sans cafetière dans la main.

Il s'est assis sur le rebord de mon lit, sans demander, et me laissant en position d'infériorité manifeste, tout empêtré que j'étais entre mes oreillers, ma couette et mes sous-vêtements à la dérive. Sans se presser, et tandis que Julie (la dulcinée) affichait une mine de plus en plus anxieuse, il a ouvert une mallette de cuir qu'il transbahutait avec lui.

Il lui a fallu beaucoup de temps pour vider son sac. Papiers, papiers, papiers, les papiers s'entassaient, et je commençais sincèrement à en avoir ras-le-bol de voir ce type déballer des documents épais comme mon bras sans piper mot. Une fois qu'il eut fini avec ses liasses sur mon matelas, il a porté son doigt à sa bouche, humecté soigneusement celui-ci, et pris la parole. Vite. Jamais encore je n'avais vu quelqu'un avec un débit pareil : page après page, il me désignait des paragraphes que je n'avais pas le temps de lire, tout en les commentant à une allure folle. J'ai pu saisir au passage des expressions comme "contrôles d'alcoolémie positifs", "perte du permis", "retrait des moyens de paiement", "assigné en justice", et "stage civil obligatoire". Après quoi, il s'est levé, m'a demandé ma carte d'identité, a ouvert le tiroir sans attendre ma réponse, et l'a fourrée dans son attaché-case. Puis il m'a tendu un stylo, et m'a ordonné de signer là, là, là et là, et encore là, là, et ici.

Juste avant de partir, il m'a signifié que je devais être présent au Centre National d'Encadrement des Comportements d'Addiction vendredi matin à 5:00, et a fermé sa mallette. Je n'avais toujours pas eu mon fichu café, et j'en avais vraiment besoin.

La CNECA était un bâtiment imposant, situé loin de tout, quelque part en sous-banlieue. Vu que manifestement, mon permis n'était plus tout à fait en odeur de santé auprès des autorités, j'ai dû y aller en bus : de nuit, ça m'a pris deux bonnes heures. Autant dire que je n'avais pas beaucoup dormi, et que niveau stress, je me défendais pas mal. Essayez de passer deux heures au fin fond de nulle part en compagnie de noctambules et d'épaves, vous verrez ce que je veux dire.

Le gardien qui surveillait la porte (le sas ?) m'a fixé, longuement, quand je me suis présenté à la loge. Pendant trente bonnes secondes, je me suis senti comme un pavé de rumsteck face à un rottweiler : jaugé, soupesé, mémorisé, et désespérément dans la merde.

Mes nerfs ont dû déclencher quelque chose de mystérieux dans les tréfonds de mon organisme, probablement aux alentours de la vessie pour commencer : j'ai soudainement ressenti une envie irrépressible d'aller me soulager aux latrines, suivie assez rapidement d'un inexplicable bien-être un peu partout, surtout au niveau des zygomatiques. J'ai souri d'un air niais et béat, mes jambes ont faibli, et toute cette histoire de convocation, de bâtiment stalinien et de médecins en blouse blanche qui sortent des murs et se précipitent vers moi m'a paru beaucoup plus lointaine, et assez indifférente.

J'ai donc magistralement déboutonné ma braguette et commencé à pisser dans le couloir. Puis sur les médecins, qui entre-temps avaient continué à se précipiter vers moi. Un peu sur le garde, au moment où il m'a fichu un pain. Et pas mal sur mes chaussures et mon pantalon, vers la fin, quand je n'étais plus en état de viser.

Après, entre le sang, l'urine et les murs de plus en plus flous, je ne me rappelle plus grand chose. Il paraît cependant que récemment, le nombre d'accidents de la route a fortement baissé, suite à la mise sur le marché d'un nouveau médicament qui fait disparaître, en quelques secondes, tous les symptômes d'ébriété. Désormais, moyennant quelques dizaines d'euros, une firme internationale de produits pharmaceutiques vous autorise à vous envoyer tous les shots, cocktails et alcools qu'il vous plaît, et à monter tranquillement dans votre véhicule pour rentrer chez vous l'esprit tranquille. Moyennant quelques dizaines d'euros, vos samedis soirs ne causeront plus la mort d'innocents, les routes sont devenues plus sûres, les mères de famille respirent.

Moyennant quelques dizaines d'euros, et avec la bénédiction de l'État, tout le monde est heureux, et un tout petit nombre d'heureux est richissime.
L'État, qui sous-traite la gestion de certains de ses centres de recherche et détention à une firme internationale de produits pharmaceutiques.
Une firme qui n'a eu besoin que de quelques mois pour mettre au point ce médicament révolutionnaire. Quelques mois, une équipe de chirurgiens, une armada de sondes, piqûres et scalpels, quelques salles insonorisées, et un cobaye.

D'un autre côté, qui irait croire un type en cellule de dégrisement ?

tags : alcool, texte

28-25

posté le 14 January 2010 à 10:13

Je me présentais pour être président du Bureau des Arts de Centrale : les élections étaient hier soir.

If you can dream - and not make dreams your master;
If you can think - and not make thoughts your aim;
If you can meet with Triumph and Disaster
And treat those two impostors just the same;
If you can bear to hear the truth you've spoken
Twisted by knaves to make a trap for fools,
Or watch the things you gave your life to, broken,
And stoop and build 'em up with worn-out tools:

If you can make one heap of all your winnings
And risk it on one turn of pitch-and-toss,
And lose, and start again at your beginnings
And never breathe a word about your loss;
If you can force your heart and nerve and sinew
To serve your turn long after they are gone,
And so hold on when there is nothing in you
Except the Will which says to them: 'Hold on!'

Je suis désormais Responsable Entreprises.


À pic !

posté le 06 January 2010 à 23:03
C'est en sautant par la fenêtre
À dix-sept heures ce mardi
Que je me suis dit que, peut-être
J'avais fait comme une conn'rie

Tout en bas, tout était petit
Le sol, les arbres, les enfants
Des miniatures très jolies
- Qui grandissaient rapidement

La neige est belle, tout est blanc
Et toi, au milieu, qui souris
Magnifique (de là où je suis)
Mais l'angle de vue est frustrant

Je voudrais savoir : samedi
- si bien sûr tu en as le temps
Le temps et, j'espère, l'envie
Que dirais-tu d'un restaurant ?

Si c'est trop brusque, dis-le moi
Tu m'as l'air un peu effrayée
Ou bien le jour ne convient pas ?
Je m'en voudrais de mal tomber.

 

tags : chute, poème

Voyez !

posté le 13 December 2009 à 20:37

Sinusoïde

Voyez, voyez, oui oui, oui oui
Tout va très bien c'est évident
Le monde est beau le soleil luit
Les gens sont beaux heureux contents

Voyez voyez, le ciel est gris
Rien ne s'arrangera demain
Le vague à l'âme de pis en pis
Les gens sont laids et tout est vain

Voyez voyez si ça vous dit
De l'indifférence partout
Quelle importance moi je vis
- Les yeux fermés un point c'est tout

Regardez-moi regardez-les
Pleurer sourire et oublier
Tête haute, mais mains liées
Veulent du temps, ont des délais.

 

tags : poème

Anyway

posté le 23 November 2009 à 18:03

Un essai en anglais, j'ai peur que ce ne soit de la soupe. D'un autre côté, la soupe est toujours meilleure en anglais.

 

And anyway, anyhow
Nothing's gonna stop me now
I've seen too much, i've gone too far
Nothing's left but one giant scar

You wanted me to be your friend
Wanted to see what would happen
Hope that you are happy right now
Now that we're hurt, now that we know

As i'm running i remember
The days everything was simpler
The days you were nothing to me
The days i had not to worry

And anyway, anyhow
Nothing's gonna stop me now
I've seen too much, i've gone too far
Nothing's left but one giant scar

Wish you had seen through the cracks
But it's too late, i can't go back
Loved you too much, forgot it all
Consumed myself and sold my soul

And on the road, I go again
Fleeing from your eyes and your hair
Fooling myself, looking for hope
As if there was still hope somewhere

And anyway, anyhow
Nothing's gonna stop me now
I've seen too much, i've gone too far
Nothing's left but one giant scar

tags : song

Feu l'automne

posté le 14 November 2009 à 09:41

Le temps passe très vite, c'est fou. Déjà la mi-novembre, et déjà un mois que je n'ai rien écrit ici. Il est temps d'y remédier : ce que cet article se propose d'accomplir, et cette introduction inutile d'introduire.

Grande nouveauté : je dispose désormais de plus d'heures par jour que la normale, ou alors c'est juste une illusion d'optique due à mon emploi du temps. En tout cas, je dors (encore) moins :

- membre de la GENEPI, qui va bientôt me réquisitionner une demi-journée par semaine pour aller en taule
- membre du Bureau des Arts de Centrale, et plus précisément de 7 secteurs du BdA sur 10 : Théâtre, Musique-Actu,  Littérature, Jazz, Cinéma, Événementiel, Arrache-Coeur (festival de théâtre étudiant), ce qui, entre les réunions et l'organisation des événements (dont le prochain, la semaine des arts, Ap(art)és, a lieu début décembre), m'occupe, disons, pas mal.
- membre (souvent absent aux réunions) de la Nuit des Troubadours, qui organise une nuit de concerts et arts de rue le jeudi 10 décembre, à laquelle il est absolument indispensable que vous veniez, sous peine de le regretter toute ma vie.
- membre de BEST, la Board of European Students of Technology, histoire d'organiser en plus un concours d'ingénieurs à Centrale au printemps
- taxeur, c'est-à-dire élève chargé d'appeler les entreprises pour les encourager à verser la taxe d'apprentissage à l'École, qui en a besoin pour qu'on puisse bénéficier de tous les privilèges auxquels on a été habitués. Bah, ce ne sera que 6 ou 8 heures par semaine.
- élève de Viet Quyen Dao, un art martial vietnamien mâtiné de boxe anglaise (en théorie, 6 heures par semaine, mais dans la pratique c'est plutôt 4 ou 5 en moyenne), et aussi d'escrime (seulement une heure et demie)

Oh, et aussi, je donne des cours de maths (environ une heure par semaine), je vais au théâtre (deux fois cette semaine (1) ), à des concerts, à des conférences (2), au cinéma ... J'envisage aussi de m'inscrire au Club Ciné, qui projette des films le jeudi et dimanche soirs.

 

En plus de tout cela, il y a le Forum des Entreprises, les 24 et 25 novembre, où je serai correspondant de SAP BusinessObjects (fonction qui consiste à les accueillir sur le campus le matin, leur apporter le café et leur montrer les toilettes) ; Samoth, que je suis en train de recommencer (lentement, le temps de me refamiliariser avec le tout) ; et puis les cours, quand même. Il y en a, et si je compte partir en double diplôme la troisième année, mes notes doivent être assez hautes.

Le détail trop bien, c'est que je me traîne une sinusite depuis plus de 3 semaines, qui m'empêche de faire du sport, et me fatigue très vite.

(1) La Cantatrice Chauve, au Théâtre de l'Athénée : drôle et loufoque, dans un théâtre magnifique ; et Richard III, de Shakespeare, au Théâtre de la Piscine : une mise en scène plutôt moderne, mais qui demeure tout à fait dans le ton : la pièce est super.
(2) Dont une aujourd'hui : Besoin d'ordre, envie de désordre, et d'autres la semaine prochaine
tags : moi, vie

Théâtre de Nesle : Antigone, de Jean Anouilh

posté le 13 October 2009 à 19:17

AfficheLundi soir, il est 19h40 : une petite troupe de Centraliens quitte son nid pour assister à la mort d'Antigone. Parce qu'on le sait, qu'elle va mourir ; on veut juste savoir comment, et espérer que ce sera beau.

"C’est cela qui est commode dans la tragédie. On donne le petit coup de pouce pour que cela démarre, rien, un regard pendant une seconde à une fille qui passe et lève les bras dans la rue, une envie d’honneur un beau matin, au réveil, comme de quelque chose qui se mange, une question de trop qu’on se pose un soir... C’est tout. Après, on n’a plus qu’à laisser faire. On est tranquille. Cela roule tout seul."

La pièce aura lieu à 21h00, dans un petit théâtre caché près d'Odéon, une salle enfouie sous une voûte de pierre qui servira tout à l'heure à l'enterrer, la noiraude révoltée. Ah, ça, le théâtre est beau, très intime : on se sent entre nous. D'ailleurs, la petite troupe a grossi, on est quinze maintenant, et ça commence. Le Choeur parle, tout près de nous sur la scène, et l'histoire se déroule. Créon entre, costume noir et manteau de cuir, imposant : c'est le roi. Antigone lui tient tête, elle, la petite : vêtue de blanc, en pantalon à la garçonne.
Elle va mourir, elle le sait depuis le début.  
"C’est reposant, la tragédie, parce qu’on sait qu’il n’y a plus d’espoir, le sale espoir ; qu’on est pris, qu’on est enfin pris comme un rat, avec tout le ciel sur le dos." Elle le sait, et elle le dit à Créon ; elle a fait ses adieux à son fiancé, un Hémon un peu trop bien coiffé peut-être, elle a fait ses adieux au monde.

D'ailleurs, ça n'y coupe pas, elle meurt. Mais avant, elle a eu le temps de parler, de crier à ce monde ce qu'elle avait sur le coeur, de dire non aux compromis, de refuser de "comprendre", de refuser de transiger. Elle l'a dit à Créon, son oncle qui lui explique qu'il n'y a rien d'entier, que tout est nuance, compromis, que l'intégrité n'est qu'un mot, et qu'être humain c'est l'accepter. Créon qui lui crie que c'est trop facile de mourir. Mais Antigone a dit non à tout cela, elle a dit non et elle meurt.
Et dans le public, on est plusieurs à avoir les yeux un peu humides. Parce qu'on avait beau savoir dès le début comment tout cela allait se terminer, savoir que les acteurs sur scène ne jouent qu'un rôle, c'est dur de ne pas céder à la beauté du texte d'Anouilh, c'est dur de ne pas y croire un peu, à ces mots qui sortent de la bouche de cette Antigone, de ce Créon, de ce garde trop bête et borné pour ne pas être humain. Parce que les acteurs avaient beau ne pas être exceptionnels, il étaient suffisamment bons pour nous faire croire un instant à tout cela, y croire pendant quelques heures.

Il est 23h15 : tout le monde est mort, et c'était beau.


Page : 1 2 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 36 37
L'accueil de l'asile.fr Les blogs sur l'asile.fr S'abonner au flux RSS des articles

Rechercher

Quelques mots ...

Lecteur, avant toute chose, je me dois de t'avertir du contenu de cet encart. Je ne vais pas m'y étendre sur ce que je suis ou ne suis pas. Non pas pour ne pas t'ennuyer, c'est le cadet de mes soucis pour le moment, et puis ça arrivera tôt ou tard ; mais pour ne pas trop en dévoiler. Ce blog est le mien, et en tant que tel m'est dédié de long en large : me dépeindre — ou tenter de le faire — en quelques mots serait, plus qu'une erreur, un mauvais calcul. Et je déteste faire de mauvais calculs, ça me frustre.

Articles importants